Actualités sur les sectes en juillet 2000

 
Fraternité Blanche Universelle (FBU) (*) Que sait-on de .....
ScientologieZurich doit ouvrir ses rues à la propagande scientologue 
ScientologieIl ne faut surtout pas violer "la liberté du commerce !" 
La famille (ex Enfants de Dieu)Prostitué pour le gourou
ScientologieDemande d'enquête disciplinaire
SectesPrurit disciplinaire
ScientologieDébat de Scientologie
SectesSectes et subversion
SectesLoi de 1901 bientôt 100 ans
Opus DeiL'Opus Dei, première bénéficiaire d'un article de la nouvelle loi sur "La liberté de communication" 
Sectes (*)Comment repérer la manipulation mentale
Témoins de JéhovahLa justice confirme un redressement fiscal de 300 MF aux Témoins de Jéhovah
Sectes (*)Le contrôle de la pensée selon Steven Hassan
Témoins de Jéhovah (*)Communiqué de la Coordination des familles victimes de l'organisation des Témoins de Jéhovah
Intégrisme religieuxAbbé Cottard : la mère d'une victime brise le silence nnnn
SectesAssociations, professeurs, élèves sectaires
SectesMalgré le durcissement de la législation
SectesDossier Manipulation mentale : les dangers de l'amalgame
Sectes" Je ne pouvais adorer que Jéhovah "
SectesCes pères divorcés, impuissants devant les sectes
Témoins de Jéhovah (*)120 000 français sont attendus : la grande business parade annuelle des Témoins de Jéhovah
Intégrisme religieuxAbbé Cottard : pourvoi en Cassation
ScierntologieLa Scientologie demande le dialogue à la MILS
Témoins de Jéhovah (*)Procès en diffamation contre le Père Jacques Trouslard
Témoins de Jéhovah (*)Procès en diffamation contre M.M.Noziere, Directeur de l'Ardennais
ChonjonhoeArrestation des gourous de la secte 
Ordre du temple SolaireUn homme pour 74 morts orchestrées 
Ordre du temple SolaireTrop de zones d'ombre
Ordre du temple SolaireLes mystères de l'enquête
Secte AumPeine capitale pour deux membres d'Aum auteurs de l'attentat de 1995 
TwindEmploi de la force chez Tvind
Intégrisme religieuxVous êtes l'enfant de Dieu
Rétablissement des dix commandements de DieuUn dirigeant d'une secte arrêté en Ouganda
Rétablissement des dix commandements de DieuLes massacres de la secte ougandaise ont fait 780 morts nnnnnn
ScientologieLe parquet de Paris ouvre une information judiciaire sur la disparition de pièces judiciaires
Davidiens (drame de Waco)Un enquêteur indépendant blanchit le gouvernement américain dans le drame de Waco
FalungongLe Falungong, l'une des principales sectes mystiques chinoises
Témoins de JéhovahExamen et renvoi de l'accord entre l'Etat italien et les Témoins de Jéhovah reporté
ScientologieLa secte fait sa pub sur une carte distribuée à 40.000 exemplaires
FalungongHors la loi, Falungong ne plie pas
ScientologieDésignation du juge d'instruction
Contre réforme catholiqueL'Evêché de Liège empêche un "week-end spirituel" programmé pour septembre
Ventes multiniveauxLes membres de l'ex Groupement relaxés
DozuléLa croisade de Saint-Père contre une croix peinte aux couleurs de Marie 
SectesLes sectes à l'assaut de la Charte européenne 
ScientologieLes scientologues cherchent à obtenir un statut religieux à partir d'une loi européenne.
RaëlRaël à l'UNESCO.... mise au point 
RaëlLes raëliens ne sont pas contents !
Eglise du ChristUn tribunal américain rejette la plainte d'une adepte de l'Eglise du Christ
AnthroposophieDroit de réponse accordé à l'Anthroposophie

 

(*) Articles ou documents qui, compte tenu de leur taille, ne sont pas ci-dessous, mais sur une page particulière.


 

  Suisse : Scientologie

Zurich doit ouvrir ses rues à la propagande scientologue

Le Temps, 1er juillet 2000, par Sylvie Arsever[Texte intégral]Eglise ou entreprise à but extrêmement lucratif?

La question de la vraie nature de la scientologie risque de rester encore longtemps un objet de controverse.

En attendant, la secte joue sur les deux tableaux, se réclamant tour à tour de la liberté religieuse et de la liberté du commerce pour se défaire des entraves qu'on tente de lui imposer. Avant-hier, c'est au nom de la première que le Conseil fédéral a renoncé à élaborer une politique de lutte contre les sectes. Et c'est la seconde qui amène le Tribunal fédéral, dans un arrêt rendu public hier, à confirmer une décision du Tribunal administratif zurichois qui oblige la Ville de Zurich à autoriser à certaines conditions la distribution de tests et de tracts par les scientologues.

Pour ces derniers, c'est un peu une victoire à la Pyrrhus: dans leur décision, les juges fédéraux confirment l'analyse zurichoise selon laquelle ces tests et ces tracts ne constituent pas de la propagande religieuse mais une forme de publicité indirecte pour leurs cours et leurs livres.

Mais leur porte-parole à Zurich, Jurg Stettler, ne s'en réjouit pas moins. "Nous allons discuter avec les autorités zurichoises pour adapter notre pratique à leurs exigences", commente-t-il.

Si les scientologues recourent régulièrement, comme ils l'avaient fait en l'espèce, contre les interdictions qui les frappent, ils savent aussi s'adapter pour utiliser au mieux le cadre légal existant. Zurich devra tolérer tests et tracts scientologues


 

  Suisse : Scientologie

Il ne faut surtout pas violer " la liberté du commerce ! "

Le Temps, 1er juillet 2000, par Sylvie Arsever

[Texte intégral]En 1994, la municipalité zurichoise avait interdit aux scientologues de distribuer dans les rues un test de personnalité dénommé "Oxford capacity analysis" et un tract expliquant "Pourquoi être heureux ne dépend pas du hasard".

Les autorités se basaient sur un règlement de 1972 qui interdit la distribution sur la voie publique de tracts à but commercial. Cette disposition, a tranché le Tribunal administratif sur recours de l'Eglise de scientologie, ne peut pas être appliquée dans toute sa rigueur sans violer la liberté du commerce.

La municipalité peut réglementer la distribution de publicité scientologue sur la voie publique, pas l'interdire.

Sur recours de l'Eglise de scientologie, le Tribunal fédéral confirme cette façon de voir, ce qui n'est pas étonnant. En juillet 1999, il avait précisé qu'une interdiction totale de la propagande religieuse sur la voie publique n'était pas acceptable. C'était, déjà, sur recours des scientologues mais ces derniers avaient perdu.

Une loi bâloise interdisant de recruter des adhérents par des méthodes agressives ou déloyales avait été confirmée. La décision du TF s'inscrit dans la droite ligne non seulement de la jurisprudence, mais de la façon dont la Suisse réagit en général à l'activité sectaire.

Jusqu'ici, même dans les cantons qui ont, comme Genève, tenté d'élaborer une politique spécifique sur la question, on a renoncé à viser des mouvements pour s'attaquer - le plus souvent au coup par coup - à des méthodes. Or les méthodes peuvent changer. L'Eglise de scientologie ne se cache pas d'adapter ses approches aux exigences des autorités cantonales, tract à contenu exclusivement religieux ici, inscription bien en vue, là, de la mention "Eglise de scientologie", etc. Ce qui est, après tout, normal pour un groupe désireux de s'intégrer dans la société démocratique. On constate cette tendance à l'intégration et à la "normalisation" dans plusieurs mouvements sectaires, relève le psychologue zurichois Dieter Sträuli. "Toute la question est de savoir dans quelle mesure un groupe composé de gens qui pensent détenir la vérité absolue et être par conséquent supérieurs à tout le monde peut vraiment s'intégrer."

En attendant, cette tendance est payante. La semaine passée, le canton de Zurich a autorisé une institutrice scientologue à ouvrir une école primaire privée où elle applique, entre autres, les méthodes de Lafayette Ron Hubbard. C'est une victoire pour les scientologues qui ont dû essuyer plusieurs échecs dans ce domaine par le passé.

Actuellement, c'est dans le canton de Vaud que les relations de la secte avec les autorités sont les plus tendues. Les scientologues contestent les limitations qui leur ont été imposées en matière de tenue de stands dans les rues et ont déposé une plainte contre le municipal Bernard Métraux pour discrimination religieuse.

Mais faut-il avoir vraiment peur d'eux ?

Dans un rapport rédigé l'an passé, un groupe de travail présidé par le chef de la police fédérale Urs von Daeniken leur attribue des traits totalitaires et des activités de renseignements mais déconseille une surveillance systématique. "Le problème avec la scientologie, commente de son côté Dieter Sträuli, c'est que ce n'est tout simplement pas une Eglise, mais une entreprise commerciale déguisée en Eglise."


  France :La Famille (Ex Enfants de Dieu)

Prostitué pour le gourou

Prostitution et Société, n°129, avril, mai, juin 2000, par Claudine Legardinier

[Texte intégral]Pascal a passé deux ans chez les enfants de Dieu, aujourd'hui, à 42 ans il témoigne. Il raconte comment le gourou, Moïse David, usait de la prostitution pour remplir les caisses de la secte..

En 1978, je terminais mon service militaire. J'étais seul : pas de fiancée, pas de métier. Un jour, à la sortie d'un supermarché, une jeune fille me tend un tract intitulé "rock'n roll par les Enfants de Dieu" : une publicité pour un disque qui s'appelait "La Bible" par Demis Roussos et Jane Manson. Cette fille m'a capté tout de suite. Le lendemain, je l'ai rappelée. Elle prêchait : "La seule loi de Dieu, c'est l'amour, il faut s'aimer les uns les autres et le montrer".
Elle m'a fait parler : je rentrais de l'armée, j'avais tenté de déserter, j'avais fait de la prison et même un séjour en psychiatrie. Je lui ai tout raconté, j'ai dit que j'étais seul, que je souffrais de ne pas avoir d'amie, de relations sexuelles. Même à l'armée, je n'en avais pas eu. Mes copains allaient voir les prostituées, moi pas. Elle m'a expliqué que dans sa communauté, il n'y avait plus de solitude. Que mes besoins seraient comblés - tous mes besoins -. Elle s'appelait Hélène mais se faisait appeler Chanson parce qu'elle chantait tout le temps.
Je suis allé là-bas pour voir. Chacun avait ses tâches, tout le monde s'appelait "frère" et "sœur".
Il y avait les dirigeants, les "bergers", les disciples et enfin les "poissons" c'est-à-dire les gens de passage, dont certains n'adhéraient pas mais faisaient des dons.
J'étais amoureux d'Hélène, alors j'ai fait ma valise. J'ai appris qu'elle était mariée et qu'elle avait une petite fille. Elle m'a dit que, puisque je faisais partie de la communauté, elle pouvait "partager" avec moi : Ce qui voulait dire faire l'amour. On s'est réunis à une dizaine : le berger a expliqué que je rejoignais la famille et a demandé à son mari et aux autres s'ils voyaient un problème à ce que je "partage" avec Hélène. Un a discuté. Je n'étais pas bien du tout. On a prié, lu des lettres de Mo (Moise David, le gourous...) Joachim le berger a dit vous pouvez y aller.
Je suis donc devenu Jordan, comme le Jourdain de la Bible. Je touchais, le chômage. J'allais chez moi le récupérer intégralement pour le remettre au berger. On lisait des lettres de notre"prophète". II recevait des visions.

On l'appelait Papa ou Daddv. Ça peut paraître bête mais c'était normal Pour moi, c'était nouveau, chaleureux Et puis je couchais avec Hélène. Mais je ne me sentais pas à ma place.
Un jour, on nous a dit que la communauté devait déménager sur Pau. Je ne voulais pas y aller. Je suis retourné chez mes parent. Ça paraissait souple en apparence. Mais le grappin était mis... et je suis reparti pour Pau . .avec rien. Un tout petit sac. Là, j'ai rencontré l'amour de ma vie. Une jeune américaine, Esther. C'est elle qui m'a ouvert.
Ce soir-là, un poisson est venu la chercher.Un dentiste, la quarantaine.Elle est partie avec lui pour la nuit. Il s'agissait du "flirty fishing" la pêche flirteuse.

La communauté vivait de dons et de l'argent récupéré par les Jeunes filles qui devaient monnayer les relations sexuelles avec les hommes de passage.

Pour devenir "flirty fisher". tout était prévu. Les lettre, de Mo expliquaient comment rencontrer quelqu'un, comment mettre les petites bougies de la musique douce, boire du vin : ce que les femmes préfèrent, ce que les hommes désirent. On était programmés comme des soldats.

Sur le plan sexuel, chacun devait être prêt à aller jusqu'au bout s'il rencontrait une personne seule ou malheureuse: Quelle que soit la personne. Je l'ai fait. C'étaient des sacrifices. Certaines femmes m'ont donné de l'argent. Parfois beaucoup d'argent.
Pour la communauté. J'avais vraiment l'impression de faire le bien.
Dans la communauté, tout était ouvert. Jamais personne n'avait aucune intimité. Même aux toilettes. C'était une "preuve d'amour".
On faisait l'amour sans porte, sous les yeux des enfants. C'était normal. Il n'y avait pas de radio, pas de télé, pas de journaux; rien. Juste la musique que nous jouions et les lettres de Mo.
Chaque matin, on en lisait une. Je me souviens avoir été choqué : l'une par exemple disait "tu es l'amour de Dieu".On y voyait une femme écartelée avec un pieu dans le sexe.

Une soi-disant preuve d'amour.

On passait 14 h par jour dehors, à prêcher. C'était très dur. Pendant ce temps, j'avais engagé une relation avec Esther. Pour elle, le "flirty fishing" était très difficile. Elle en a toujours beaucoup souffert. Comme elle refusait souvent, elle avait droit à des remontrances publiques. Un jour, je ne l'ai pas supporté et j'ai envoyé tout le monde balader.
Plusieurs fois, j'ai essayé de partir. Il y avait aussi les tentations quand on allait prêcher dans les grandes surfaces. Une fois j'ai acheté une revue de karaté avec l'argent des dons. J'ai été obligé de la déchirer devant tout le monde. Il y avait beaucoup de combats dans ma tête.

La communauté s'est scindée. Le nouveau berger a fait en sorte qu'Esther et moi soyons séparés. J'ai craqué et j'ai eu des gestes violents. Esther a pleuré mais elle m'a laissé partir. Trois jours plus tard, je suis revenu. Pour la voir. Là, j'ai appris qu'elle était partie à Malte avec un type. Plus jamais depuis ce jour, je n'ai eu de nouvelles.
J'ai toujours trouvé cette histoire bizarre. Nouvelle cassure. Je l'aimais. J'avais toujours pensé qu'on serait partis tous les deux de cette communauté et qu'on se serait mariés. En fait, on avait toutes les femmes mais on n'avait pas la nôtre. Les enfants aussi étaient partagés. Hélène avait une fille, mais tout le monde avait des droits sur elle, n'importe qui pouvait lui donner une correction.

Un gourou pervers et pédophile

Je suis resté deux ans chez les Enfants de Dieu. Après, je me suis senti coupable. J'ai vu des choses et je n'ai rien fait. Il y avait des lettres de Mo qui expliquaient aux parents comment assurer l'éducation sexuelle de leurs enfants. En théorie, mais aussi en pratique. Sur une lettre, on voyait un des petits-fils de Moïse David, qui devait avoir 6 ou 7 ans, dans un lit avec une femme. À l'époque, je ne me rendais pas réellement compte de ce qui se passait. C'est après que j'ai su. Moïse David prêchait l'Évangile mais c'était un pervers. Un pédophile. Il couchait avec sa petite fille, il filmait des trucs avec des enfants. Il disait qu'on peut rendre la vie meilleure par le sexe. Il enseignait même le "flirty fisching" aux enfants. Il était vraiment pourri...

Maintenant, Pascal cherche à témoigner à travers une BD qu'il a dessinée.

Après, j'ai eu peur à cause du sida. Dans la communauté, les moyens de contraception étaient interdits. C'est pour ça qu'il y avait plein d'enfants partout. J'ai eu des cauchemars aussi. J'ai appris que Moïse David était condamné pour proxénétisme. Le "flirty fishing" a été interdit mais la communauté existe toujours, sous un autre nom, la Famille ou la Famille d'Amour.
Je voulais avoir une femme et des enfants. Aujourd'hui, je suis comblé. Je me suis remis à l'aïkido attelé à la Bible. J'ai compris qu'un verset biblique, on peut lui fait dire ce qu'on veut. On était manœuvrés, anesthésiés.
Aujourd'hui, ce qui m'importe, c'est de témoigner. Pour aider les autres à ne pas se faire prendre. J'ai réalisé une BD pour sensibiliser les enfants que j'aimerais bien éditer. Et j'ai commencé le récit de ma propre histoire.


  France :Scientologie

Demande d'enquête disciplinaire

Le Monde, 1er juillet 2000 par Cécile Prieur

[Texte intégral]Elisabeth Guigou demande une enquête disciplinaire après la disparition de pièces du dossier d'instruction visant l'Eglise de scientologie.
Plusieurs magistrats parisiens ont apporté leur soutien à leur collègue poursuivie

Le Conseil supérieur de la magistrature a été saisi, jeudi 29 juin, par la ministre de la justice, afin d'engager des poursuites disciplinaires contre la juge d'instruction parisienne Marie-Paule Moracchini.

L'initiative de Mme Guigou se fonde sur un rapport de l'Inspection des services judiciaires relatif aux disparitions de pièces d'une procédure ouverte contre l'Eglise de scientologie. Sur dix tomes de ce dossier, un tome et demi avait disparu sans qu'aucun double ait été conservé malgré, les dispositions du code de procédure pénale.

Ce rapport a aussi été communiqué au parquet de Paris. Plusieurs magistrats parisiens ont apporté leur soutien à leur collègue poursuivie.

La Ministre de la justice, Elisabeth Guigou, a saisi, jeudi 29 juin, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) aux fins de poursuites disciplinaires contre la juge d'instruction Marie-Paule Moracchini, en raison de la disparition de pièces d'un dossier d'instruction visant la Scientologie. Mme Guigou, dont l'initiative se fonde sur un rapport de l'inspection générale des services judiciaires, avait annoncé, le 22 juin à l'Assemblée nationale, d' « éventuelles mesures disciplinaires » relatives à ce dossier.

Juge d'instruction au tribunal de Paris depuis 1986, Mme Moracchini est chargée d'une information judiciaire visant la Scientologie, ouverte en 1989 pour «escroquerie, exercice illégal de la médecine et complicité » à la suite de plaintes déposées par d'anciens adeptes de la secte. Croyant déceler « une inertie dans la conduite de l'instruction », les avocats des plaignants avaient fini par obtenir, en octobre 1998, que la chambre d'accusation fût saisie afin de statuer sur le renvoi de l'affaire devant un tribunal. La juge Moracchini avait alors transmis son dossier à cette juridiction : mais sur les dix tomes censés le constituer, un tome et demi étaient manquants.

Depuis, la chambre d'accusation a demandé à plusieurs reprises à la magistrate de reconstituer le dossier, toujours en vain. Elle n'en avait conservé aucun double, malgré les dispositions du code de procédure pénale.

« Certains dysfonctionnements »

Le mystère de cette disparition n'est toujours pas élucidé. Une enquête administrative au tribunal de Paris avait conclu, en novembre 1998, à l'existence de « certains dysfonctionnements dans l'organisation et le fonctionnement des services » mais sans plus de précisions. Le tribunal a certes condamné l'Etat, le 5 janvier 2000, pour « faute inexcusable » dans le service public de la justice, mais il avait alors estimé que « la disparition de pièces de la procédure dans des circonstances indéterminées ne [pouvait] être imputée à faute au juge d'instruction » (Le Monde du 7 janvier). Visée par une demande de dessaisissement, la juge d'instruction avait auparavant été confirmée par la chambre d'accusation, le 29 septembre 1999, pour la poursuite de l'instruction.

La ministre de la justice, quant à elle, a longtemps conservé un silence prudent sur cette affaire. Mme Guigou attendait les conclusions définitives de l'inspection des services judiciaires. Profitant du débat parlementaire sur les sectes, elle était sortie de sa réserve le 22 juin: « L'hypothèse la plus probable est celle d'une disparition frauduleuse de dossiers », avait-elle indiqué. Il revient maintenant à la formation du CSM compétente pour les magistrats du siège de déterminer si Mme Moracchini a commis, dans cette procédure, une faute disciplinaire - définie par une ordonnance de 1958 comme « tout manquement, par un magistrat, aux devoirs de son état, à l'honneur, à la délicatesse et à la dignité ». La chancellerie a par ailleurs transmis le rapport de l'inspection au parquet de Paris, qui doit décider de l'opportunité d'ouvrir une enquête préliminaire ou une information judiciaire sur la disparition des pièces du dossier.

« Plus vif soutien »

Dès l'annonce de la procédure disciplinaire, plusieurs juges d'instruction parisiens ont apporté leur soutien à Mme Moracchini. Parmi eux figurent Marc Brisset-Foucault, Eva Joly, Isabelle Prévost-Deprez, Armand Riberolles, Jean-Paul Valat et Laurence Vichnievsky, qui ont publiquement exprimé leur « plus vif soutien » à leur collègue poursuivie, en soulignant ses « qualités exceptionnelles de rigueur, d'honnêteté, d'impartialité et de dévouement professionnel ». Leur communiqué indique qu'ils « s'offusquent du médiocre procès qui lui est fait sur le terrain disciplinaire au motif qu'aucune copie du dossier n'aurait été établie par elle ou son greffier ». Ils soulignent notamment que, « avant 1999, tous les juges d'instruction et leurs greffiers étaient confrontés aux mêmes difficultés matérielles et qu'aucun d'entre eux n'était alors en mesure d'établir une copie, si bien que tous pourraient être poursuivis ».


  France : Sectes

Prurit disciplinaire

Association Professionnelle des MagistratsSoucieuse de n'être pas suspecte de trop de tiédeur à l'égard de cette magistrature que vomit une classe politique qui en a peur, la Chancellerie semble atteinte d'une frénésie de poursuites disciplinaires, trop bruyante et affichée pour être complètement honnête... On est allé jusqu'à gratter les fonds de tiroirs et exhumer des dossiers boiteux remontant à plusieurs années -quitte à se ramasser des " gamelles " devant le C.S.M. !

Personne ne prône certes la moindre impunité pour des défaillances avérées, mais ce zèle victimaire est éminemment suspect. La mise en cause d'une collègue dont la force de caractère, la ténacité et le dévouement à son métier ne sont pas discutables, à la tribune de l'assemblée, au moment où celle-ci allait voter un texte " stalinoïde ", sous prétexte de lutte anti-sectes (la création d'un délit de... " manipulation mentale " !), était le pas de trop dans une escalade à laquelle il fallait tenter de donner un coup d'arrêt : c'était l'objet du communiqué ci-après.

COMMUNIQUE

Suite au " prurit " disciplinaire qui semble devoir frapper la Chancellerie, l'A.P.M. :

1 ) DENONCE un climat particulièrement malsain de " règlements de comptes ", personnels et politiques, sur la toile de fond de l' " hystérie anti-juges " d'une grande partie de la classe dirigeante -et, à l'occasion, d'une certaine démagogie facile " anti-sectes ".

2 ) SOULIGNE la contradiction dans laquelle le législateur enferme les magistrats -spécialement à l'instruction-, en exigeant d'eux le respect du " délai raisonnable ", tout en les surchargeant d'obligations artificielles et formelles, vexatoires et inutiles -sans leur donner, au surplus les moyens, matériels et humains, de leur tâche

3 ) APPELLE le Président de la République -garant constitutionnel de l'indépendance du corps judiciaire-, à faire preuve de la plus ferme vigilance à l'égard du ministre de la justice, et, le Conseil supérieur de la magistrature -qui vient de savoir affirmer son indépendance face au garde des sceaux (qui n'a pu s'empêcher de témoigner publiquement de sa contrariété, au mépris du respect dû aux décisions du Conseil)-, de ne pas se laisser intimider ou manipuler.

A PARIS, le 23 juin 2000


  France :Scientologie

Débat de Scientologie

Le Nouveau Cinéma - juillet - août 2000

Pour attirer de nouveaux adeptes, la scientologie, à travers des tracts et des livres, délivre un message qui pourrait se résumer à : " Renoncez à assumer votre vie d'homme, renoncez à vivre vos interrogations, faites l'économie de vos certitudes et de vos doutes en adoptant notre vérité scientologue."

Denis Barthélemy. (Secrétaire général de la Mission Interministérielle de lutte contre les sectes - Ndw)- C'est une évidence de dire aujourd'hui que, dans nos sociétés modernes, la plupart des structures encadrantes où évoluaient. et s'accomplissaient les individus se sont effondrées. Nous sommes entrés depuis quelques années dans une période où les Etats perdent leurs prérogatives au profit d'une superstructure à l'échelle européenne, et cette délégation de pouvoir est inquiétante pour beaucoup d'entre nous: elle contribue sans doute au succès des sectes et des mouvements extrémistes comme le Front national de Le Pen. La nation s'effrite et les décisions se prennent ailleurs : qu'allons nous donc devenir ? Il faut signaler ce même phénomène dans certaines entreprises qui, insensiblement, adoptent un profil sectaire: distribution de décorations aux employés qui sont faits chevaliers, officiers.....

Jacques Sédat. - La recherche du gourou. traduit certainement un besoin d'autorité. Mais la dimension maternelle est également présente à travers cette relation fusionnelle de l'adepte avec la communauté-cocon. En ce sens, la secte est un lieu de retribalisation, souvent en rapport avec des problèmes de destructuration familiale, de difficultés sociales...

Le Nouveau Cinéma. - Quel prix a dû payer Travolta, selon vous, pour bénéficier de l'aide de la secte ?

Denis Barthélemy. - A ma connaissance, les personnalités médiatiques qui ont rejoint la secte et lui servent de porte-parole et de caution ne sont pas astreintes au même cursus que les autres adeptes. Leur rôle n'est pas de gagner les degrés les plus élevés de l'organisation mais seulement d'être des ambassadeurs que la secte sait s'attacher par différents moyens.
 
Il y a dans la secte un ordre de pensée cohérent qui vous dispense de penser. Jacques Sédat.(1)

Le Nouveau Cinéma. Ont-elles accès aux secrets de la secte ?

Denis Barthélemy. - Elles ne sont pas forcément dépositaires des secrets ultimes, et notamment de ces livres de Hubbard qui concernent l'acquisition des derniers grades sçientologues. Il est amusant de rappeler qu'en Suède, où la législation autorise un libre accès à tous les documents, un ex scientologue internaute, fort de son bon droit, avait mis sur le Net ces ouvrages ésotériques de Hubbard. Eh bien, sous la pression de la scientologie et du gouvernement américain, qui défend bien les intérêts de la secte, la Suède a dû modifier sa législation!

Le Nouveau Cinéma. - La création de la Mission interministérielle de Lutte contre les Sectes est-elle une véritable menace pour les intérêts de la scientologie en France?

Denis Barthélemy. - Je ne veux pas faire de nationalisme mais la France a une vieille tradition de scepticisme par rapport à la chose religieuse. La loi de séparation de l'Église et de l'État a près de cent ans. Il y a majoritairement du bon sens chez nos compatriotes, et le discours de la scientologie, qui peut séduire certaines personnes en difficulté, est reçu chez nous avec une extrême suspicion

Le Nouveau Cinéma. - Peut-on retrouver une vie normale après un séjour dans une secte ?

Jacques Sédat. - La démarche sectaire est si englobante qu'il est impensable, par exemple, de commencer une analyse tant qu'on n'a pas coupé le cordon avec la secte. Il faut alors retrouver le sens critique et réapprendre à penser par soi-même.

(1)Auteur de Freud . (collection- Synthèse-, Armand Collin, 96 pages, 42 francs).


  France :Sectes

Sectes et subversion

Bulles - mai, juin 2000 (Editorial)

Que les sectes présentent un danger pour la société est une idée de plus en plus présente dans l'opinion publique.

Encore faudrait-il caractériser cette menace en prenant en compte certains aspects du discours fondateur des groupes sectaires notoires et de leurs comportements.

Mais, avant toute chose, il convient de se référer à l'acception de subversion. Elle désigne : " l'action de bouleverser l'ordre établi, les idées et valeurs reçues ".

Concernant notre société, elle remet en cause celles qui fondent la démocratie et, s'agissant de notre pays, plus particulièrement celles de la République : liberté, égalité, fraternité. Le principe unificateur des Droits de l'Homme est, du même coup, remis en question par les sectes, si l'on considère leur stratégie.

Fantasmes, paranoïa, chasse aux sorcières, sectarisme (sic) sont souvent autant d'accusations portées contre les ADFI ou autres organismes qui s'opposent à l'entreprise sectaire. Et pourtant... Avons-nous inventé les propos tenus par certains gourous concernant la domination par certains " élus " de l'humanité ; au prix de l'accession à un " modèle " d'homme nouveau débarrassé de ses entraves familiales et sociales, des scories dues à son éducation passée ?

"Nous entrons dans l'Age d'or ! Nous sommes les hommes nouveaux, l'avant-garde de cette planète. Nous allons créer un nouveau pays, une nouvelle prospérité, un peuple nouveau et une nouvelle vie " (Dave Petit, Église de Scientologie de Los Angeles, in Le Point, 08/04/97)

L'instauration de la géniocratie est-elle le fruit de notre imagination et l'eugénisme qui la sous-entend une simple figure de style ? ... Remplacer la sélection naturelle par une sélection artificielle ... génétiquement avant la conception des enfants. "Au-delà d'un certain pourcentage de chance d'avoir un enfant anormal, il serait souhaitable d'interdire au couple d'avoir un enfant par les voies naturelles ... Ne pourraient être électeurs que des individus ayant une intelligence supérieure de 10% à la moyenne. " (La géniocratie de C. Vorilhon, alias Raël, cité par Serge Faubert)

Les tentatives de prise de pouvoir dans les entreprises et les organismes administratifs par le biais de la formation et de l'endoctrinement sournois ne sont-elles pas tangibles ? (Voir Le Monde du 11/09/99. Voir France-Soir du 15/05/98)

Que dire des interdictions, pour les adeptes, de participer à la vie civique ordinaire qui est diabolisée puisqu'elle représente une société à combattre voire à détruire au profit d'un nouveau monde ? Interdits des Témoins de Jéhovah, publiés dans leurs revues " Tour de garde ", cités par plusieurs auteurs dans BULLES et témoignages d'anciens adeptes.

Que penser, enfin, de la délinquance sociale pratiquée comme mode de gestion par certaines sectes avec, pour corollaire, l'acquisition d'un pouvoir économique et financier considérable ?

Le fisc réclame 300 millions de taxes aux Témoins de Jéhovah " (Voir Sud-Ouest du 01/07/98, voir également le rapport de la Commission parlementaire sur les finances des sectes)

Nous pourrions, pièces à l'appui, dresser un florilège noir de ce que nous avançons. BULLES s'y emploie, d'ailleurs, dans chaque parution. À défaut d'être exhaustif, nous voudrions montrer, au moins, qu'au delà de l'atteinte aux droits de l'individu, les sectes mènent des actions convergentes qui ont un véritable sens politique, dans la définition la plus large du terme. S'il s'agissait simplement d'affrontements d'idées sur l'application de tel ou tel principe démocratique et républicain, nous ne serions pas présents dans le débat et nous ne pourrions que le respecter. De même, nous ne saurions faire l'amalgame avec des groupes politico-religieux qui, tout en défendant leurs valeurs, jouent le jeu de la démocratie. Mais nous sommes bien au-delà. L'enjeu est d'importance.

Nous sommes face à des entreprises factieuses qui, nous le savons bien, sous des prétextes philosophico-religieux ont des visées qui méritent bien le qualificatif de subversives. Souvenons-nous : lorsque Hitler publia " Mein Kampf ", personne ne crut qu'il mettrait en œuvre ce qu'il écrivait !

NB : J'ai pensé qu'il était bon de présenter cet éditorial de "Bulles" ( revue de l'UNADFI) aux visiteurs de ce site, comme je le fais pour celui de "Regards sur" du CCMM - ces revues doivent, en effet, être diffusées le plus largement possible.


  France :Sectes

Loi de 1901 bientôt 100 ans

Bulles - mai, juin 2000

L'UNADFI a adressé une lettre à M. Jean-Michel Bellorgey, Président de la Mission Interministérielle pour la célébration du centenaire de la Loi du 1er Juillet 1901, relative au contrat d'association. En voici le texte :

Monsieur le Président,

Comme vous le savez, la plupart des groupes habituellement dénommés " sectes ", qui ont notamment fait l'objet des rapports parlementaires de décembre 1995 et de juin 1999, ont choisi, pour des raisons de commodité évidente, le statut d'association régie par la loi du 1er juillet 1901.

Ces sectes, comme l'ont montré maints jugements et arrêts de Justice, usent et abusent des facilités que leur donne ce statut pour pratiquer la manipulation mentale, troubler l'ordre public et commettre quantité d'infractions, de délits, voire de crimes, dont la gravité défraye régulièrement la chronique.

Par ailleurs, l'obscurité qu'elles entretiennent sur leur organisation réelle et leur fonctionnement est généralement quasi totale, et la loi du 1er juillet 1901 dans son état actuel n'est d'aucun secours pour arriver à connaître la réalité des choses en cette matière.

Enfin, et là est le plus grave, leurs objectifs réels, leurs comportements et leurs activités, n'ont bien souvent rien de commun avec les buts, très honorables, qu'elles énoncent dans leurs statuts.

Il suffit bien souvent de prendre connaissance de leurs écrits internes pour être fixé sur ce point. Il y a donc dans ce domaine des sectes de très graves détournements des objectifs poursuivis par la loi du 1er juillet 1901, détournements qui, tout particulièrement dans un domaine comme celui du contrat associatif, apparaissent comme totalement inadmissibles et extrêmement dommageables pour la philosophie même de ce contrat.

Le centenaire de cette loi, dont chacun peut admirer la pertinence et l'efficacité pour le développement des initiatives collectives au service de la société et de la nation, devrait sans doute donner l'occasion de procéder à un examen de ce qui, dans son contenu, pourrait encore être amélioré, après un siècle de fonctionnement et une douzaine d'améliorations depuis son vote.

Ainsi, compte tenu de notre expérience de 25 ans d'actions en faveur de l'aide aux victimes des sectes et à leurs familles, nous permettons-nous de vous faire part, par la présente, de quelques suggestions dont l'effet serait de rendre plus transparentes et plus démocratiques les associations sectaires, et de donner plus de force aux articles 2 et 7 de la loi.

Transparence et fonctionnement démocratique des associations : La suggestion pourrait concerner aussi bien la loi du 1er juillet que le décret du 16 août 1901. Elle vise le fonctionnement des associations déclarées. L'esprit même du contrat d'association est bien, pensons-nous, que les règles de la démocratie s'appliquent dans le groupe humain que constitue l'association comme elles s'appliquent dans la vie publique. En effet, autant l'association libre, non déclarée, peut apparaître comme devant être parfaitement libre de s'organiser comme elle l'entend, autant l'association déclarée, qui bénéficie de ce fait de la pleine personnalité juridique, devrait voir son fonctionnement soumis pour le moins aux règles les plus élémentaires de la démocratie. Or, aussi bien la loi que le décret sont muets sur ce point.

Certes, la liberté doit régner dans l'élaboration des règles communes que se fixent les associés par les statuts de leur association. Cependant, il apparaît inadmissible que les règles de la démocratie puissent être bafouées en permanence par une telle organisation , ce qui est le cas par exemple des associations dont le président est " élu " à vie, et dont le fonctionnement ne comporte aucune structure élue responsable devant les membres (assemblée générale et conseil d'administration notamment), et donc ni élaboration en commun d'une politique, ni contrôle démocratique de la gestion et des comptes, ni élections internes véritables.

Nous suggérons qu'un nouvel article, ou un paragraphe supplémentaire de l'article 5, soit introduit dans la loi, qui rende obligatoires la tenue d'une assemblée générale annuelle de tous les membres de l'association, et l'élection par celle-ci, avec durée de mandat déterminée et relativement courte (maximum trois ans), d'un conseil d'administration.

Tout statut qui ne comporterait pas ces clauses, assorties naturellement des responsabilités dévolues à ces instances, autoriserait les Préfets à refuser d'enregistrer la création de l'association en tant qu'association déclarée. Le décret du 16 août 1901 introduirait ces dispositions, par exemple dans son article 1er et dans son article 10, comme constituants obligatoires du dossier de déclaration.

Renforcement des articles 3 et 7 de la loi : Dans leur forme actuelle, ces articles ne permettent de dissoudre une association que sur la base de ses buts déclarés, c'est-à-dire ceux qu'elle inscrit dans l'article correspondant de ses statuts. Il est bien évident que, comme l'autorité départementale ou nationale n'a aucun pouvoir de contrôle sur le respect par l'association des buts fixés par ses propres statuts, toutes les dérives sont possibles, surtout lorsque le fonctionnement démocratique interne, donc le contrôle par les adhérents eux-mêmes, n'est pas assuré.

Dans le cas des sectes, ces dérives sont constantes, et, de plus, bien souvent parfaitement notoires.

Nous suggérons que l'article 3 soit modifié de manière à ce que les actes et les comportements répréhensibles des associations, et pas seulement leurs buts statutaires, soient également visés par cet article, par référence aux conditions y figurant actuellement, auxquelles nous proposons d'ajouter deux nouvelles références, très souvent mises en cause lorsqu'il s'agit de sectes.

Ainsi, l'article 3 pourrait être rédigé comme suit : " Toute association fondée sur une cause ou en vue d'un objet illicite, contraire aux lois, aux bonnes mœurs , à la dignité de la personne humaine, ou qui aurait pour but de troubler l'ordre public, de porter atteinte à l'intégrité du territoire national et à la forme républicaine du Gouvernement, est nulle et de nul effet. De même, toute association, quels que soient ses buts déclarés, dont les actes ou les écrits internes sont contraires aux lois, aux bonnes mœurs, à la dignité de la personne humaine, ou qui auraient pour effet de troubler l'ordre public, de porter atteinte à l'intégrité du territoire national et à la forme républicaine du Gouvernement, et passible de dissolution dans les conditions fixées à l'article 7 de la présente loi ".

Un tel texte donnerait aux autorités, y compris judiciaires, des moyens d'action renforcés, qui auraient l'avantage d'être en cohérence dans leur philosophie avec les dispositions de la proposition de loi soumise à l'examen de l'Assemblée Nationale, et votée à l'unanimité en première lecture le 16 décembre 1999 par le Sénat, sur " l'interdiction des sectes dangereuses ", connue sous le nom de " Proposition About ". Loin de faire double emploi avec celle-ci, il permettrait d'affirmer clairement, par le moyen de la loi du 1er juillet 1901 elle-même, la volonté des Pouvoirs Publics de conserver aux associations leur double caractère d'organismes au fonctionnement démocratique, et conformes dans leurs buts et dans leur action à la morale et à l'esprit républicains.

Dans la pratique, il apporterait des éléments bénéfiques pour l'assainissement indispensable du domaine des associations sectaires, et il aurait des conséquences sans aucun doute très positives sur l'amélioration de l'efficacité de la protection des victimes de celles-ci.

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  France :Opus Dei

L'Opus Dei, première bénéficiaire d'un article de la nouvelle loi sur "La liberté de communication"

Réseau Voltaire 4 juillet 2000

[Texte intégral]La nouvelle loi sur la " liberté de communication ", adoptée le 28 juin 2000, rend obligatoire la mise à disposition par les pourvoyeurs d¹accès de logiciels de filtrage des sites Internet.

Ces logiciels peuvent fonctionner comme des moteurs de recherche et bloquer l¹accès aux sites comportant des mots tabous évoquant le sexe, la violence ou les sectes. Ils sont alors d¹une grande imprécision.

Beaucoup plus efficaces sont ceux qui fonctionnent comme des annuaires. Dans ce cas, il convient d¹établir une liste actualisée en permanence des sites censurés. Ce travail considérable ne peut être correctement fait que par une société gérant déjà un grand annuaire de recherche. Bien entendu, le choix des sites bloqués est subjectif et traduit une idéologie particulière.

La France étant le premier État au monde à se doter d¹une telle législation, on se doute qu¹aucun annuaire de filtrage n¹est actuellement disponible sur le marché.

Pourtant une société devrait rafler ce marché : Edunet a déjà investi des sommes importantes pour mettre au point un annuaire international des sites tabous. Bien informé, Edunet vient d¹ouvrir une succursale en France (http://www.edunet-france.com). Edunet est une société domiciliée au Parc technologique de Saint Sébastien, en pays basque espagnol. Son logiciel a été mis au point à l¹École supérieure d¹ingénieurs de l'Opus Dei.

La branche française est confiée à ClassMedia (http://www.classmedia.com), qui a notamment réalisé le serveur internet de l¹Institut Sainte-Mélaine de l'Opus Dei. Le directeur pour la France n¹est autre qu¹Albert Navarro, un haut cadre de l'oeuvre qui organisa en France la collecte auprès des grands patrons pour la construction d¹une église dédiée au " bienheureux " Mgr de Balaguer à Rome.

Pour réaliser son annuaire des sites censurés, Edunet a bénéficié du travail de " Yahoo ! España ", le plus grand annuaire hispanophone, géré par l'université de Pampelune de l'Opus Dei.

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  France :Témoins de Jéhovah

La justice confirme un redressement fiscal de 300 MF aux Témoins de Jéhovah

TF1 6 juillet 2000 

[Texte intégral]- La première chambre civile du tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) a confirmé, mardi, le redressement fiscal de 300 millions de francs infligé aux Témoins de Jéhovah au titre de la taxation des dons manuels reçus par l'association sur 3 ans.

L'Association les Témoins de Jéhovah, dont le siège est à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), a annoncé lors d'une conférence de presse qu'elle entendait faire appel de ce jugement.

Depuis 2 ans, l'administration fiscale réclame à l'association environ 150 MF au titre du recouvrement de la taxation sur des dons manuels reçus pendant 3 ans, et un peu plus de 147 MF au titre des pénalités et des intérêts de retard. Pour le fisc, les dons manuels reçus par les Témoins de Jéhovah entre 1993 et 1996 doivent être taxés à 60% au regard du code général des impôts. A l'inverse, les Témoins de Jéhovah, qui ont attaqué ce redressement devant le TGI de Nanterre, considèrent que "les dons manuels peuvent être faits librement à toute association déclarée".

De plus, ils estiment que leur association doit bénéficier d'exonération fiscale dès lors qu'elle "répond à la définition d'oeuvre ou organisme d'intérêt général et à celle d'association cultuelle". Sur ce point, le juge civil estime que les Témoins de Jéhovah n'ont pas apporté la preuve que leur association a "obtenu une autorisation ministérielle ou préfectorale de recevoir des dons manuels exonérés de droits de mutation à titre gratuit ou avoir été reconnue par décret comme congrégation religieuse". "Dans cette affaire, l'administration fiscale fait une confusion entre un legs et un don manuel. Le don est le moyen par lequel la plupart des associations loi 1901 se financent. Si toutes devaient être taxées à 60%, se serait la fin du monde associatif", a estimé Jean-Claude Pons, porte-parole des Témoins de Jéhovah.

En outre, il a ajouté que si les Témoins de Jéhovah devaient payer la somme qui leur est réclamée, ce serait "la fin de notre congrégation". Dans un autre conflit opposant l'association au fisc, les Témoins de Jéhovah ont bénéficié fin juin d'un arrêt du Conseil d'Etat reconnaissant le caractère cultuel de deux associations locales représentant le mouvement dans la Nièvre et le Puy de dôme. La haute juridiction a en effet estimé que ces deux entités pouvaient bénéficier d'une exonération de la taxe foncière pour leurs lieux de culte


  France :Intégrisme

Abbé Cottard : la mère d'une victime brise le silence

Le Parisien, 6 juillet 2000 par François Vignolle 

[Texte intégral]Jocelyne Lasnet de Lanty, la mère d'un des quatre jeunes scouts décédés lors d'une sorti en mer le 22 juillet 1998 en Bretagne, crie sa colère. Aujourd'hui, la cour d'appel rend sa décision contre l'abbé Cottard, l'organisateur de cette activité.

La Cour d'appel de Rennes doit rendre aujourd'hui son arrêt concernant l'abbé Jean Yves Cottard condamné en décembre dernier à quatre ans de prison dont dix?huit mois ferme après la noyade de quatre scouts et d'un plaisancier qui avait tenté de les secourir le 22 juillet 1998 au large de Perros-Guirec (Côtes-d'Armor).

Après plus d'un an de silence, Jocelyne Lasnet de Lanty, mère de Damien, décédé à l'âge de 13 ans et demi lors du naufrage du dériveur, a décidé de révéler les menaces qu'elle a subies pour ne pas engager de poursuites envers l'abbé, dirigeant du camp de vacances. Elle fut finalement la seule à se porter partie civile avec la mère du plaisancier lors du procès.

" Ils voulaient que je signe un bordereau pour que je n'engage aucune poursuite "

Dans une lettre ouverte adressée ces derniers jours à l'abbé Cottard, cette mère de famille énumère quelques pressions qu'elle a endurées depuis le début de l'affaire. " Puisque vous (NDLR : l'abbé Cottard) avez aussi jugé utile de m'adresser sans honte vos bons vœux pour chaque année passée sans Damien, puisque vous avez su utiliser certains membres de ma famille pour témoigner de vos bonnes intentions (...), je peux vous affirmer que vous m'avez convaincue de ne jamais adhérer à votre interprétation de la religion. "

Les pressions et les intimidations ne s'arrêtent pas là.

Quelques semaines après la mort de Damien, des fidèles de l'abbé se rendent chez la mère de la victime. " Ils voulaient que je signe un bordereau pour que je n'engage aucune poursuite ", explique Jocelyne Lasnet de Lanty, jointe hier au téléphone. Ces derniers lui proposent même un chèque de
30 000 F, une indemnité d'assurance pour la mort de Damien. La famille de la victime refuse cette proposition
Il y aura ensuite les lettres d'insultes et les coups de fil anonymes. " J'avais des lettres de menaces et des appels jusqu' à 11 heures du soir. J'ai dû débrancher le téléphone. "

Un travail de sape qui n'empêchera pas Jocelyne Lasnet de Lanty d'intenter une action en justice. L'entourage de l'abbé essaie alors d'influencer des proches de Jocelyne Lasnet de Lanty. Son beau-frère témoignera lors du procès en faveur de Jean Yves Cottard.

Aujourd'hui, la mère de Damien regrette la manière dont se sont déroulés les débats au tribunal correctionnel de Guingamp. " On a fait le procès de l'église traditionaliste et pas d'un fait divers. On n'a pas évoqué les conséquences pour les familles des victimes. Moi, je suis condamnée à perpétuité. "
Le mari de Jocelyne Lasnet de Lanty, issu d'un milieu traditionaliste, ne s'est pas porté partie civile tout comme les parents des autres scouts décédés dans la noyade. " Je ne les juge pas. Chacun a sa conscience. Peut-être que ces personnes sont conditionnées, robotisées. On ne peut pas lutter contre une éducation que l'on a reçue dès la; petite enfance ", conclut Jocelynë Lasnet de Lanty, qui réserve ses mots les plus durs à l'abbé Cottard dans sa lettre ouverte: " J'espère que le souvenir de Damien, de son sourire, de sa candeur et de sa confiance vous hantera et vous rongera le cœur pour qu'enfin vous réalisiez l'horreur de vos propos et de votre fuite. "

l'Abbé Cottard dont la condamnation a été confirmée ce jour s'est pourvu en Cassation


  France : Sectes

Associations, professeurs, élèves sectaires

Le Nouvel Obs, n°1861, semaine du 6 juillet 2000, par Hubert prolongeau

[Texte intégral]

Attention, école !

L'école est-elle menacée par les sectes ? Très peu dans le public, un peu plus dans les établissements privés où les mesures, mises en place depuis deux ans, ont parfois du mal à s'appliquer

"Nous déployons une énergie considérable pour des résultats microscopiques. " M. X travaille au rectorat de Paris et préfère garder l'anonymat pour ne pas être « trop repéré ». Le travail de son service ? Vérifier la légitimité des demandes d'ouverture d'écoles privées et dépister celles qui exercent sans autorisation. Comme cet établissement du 18e arrondissement, signalé par un écriteau accroché à la porte. Il apprend que l'école n'a pas l'agrément de l'Education nationale pour ouvrir, contacte le chef d'établissement pour lui demander de régulariser. Rien ne bouge. La directrice, enfin, se manifeste, mais c'est pour le renvoyer à la propriétaire. M. X se rend à l'école qui se trouve n'être qu'un appartement vétuste. Il vérifie que toutes les obligations de sécurité soient remplies et note que la police d'assurances a été souscrite au nom d'un autre cours, situé rue Legendre, près du siège de l'Eglise de Scientologie. Pendant la conversation, la directrice laisse échapper « église » à la place d'« école ». Sa conviction est faite, mais ce lapsus n'est pas une preuve. Même après cette visite il ne réussit toujours pas à obtenir les statuts de l'association qui gère l'école. Une plainte est déposée. La police convoque la directrice. Le maire et le préfet bougent peu. Pendant ce temps, l'école continue. « Le système est très lourd à mettre en place et les inspecteurs ne sont pas assez pointus », se plaint M. X. Certains y mettent même de la mauvaise volonté, sur le thème : « Le privé, on n'en a rien à foutre. »

Lourdeur du système ou réelle difficulté à endiguer le problème ? Les écoles se partagent en trois groupes : les établissements publics ; les établissements privés, généralement religieux et le plus souvent catholiques, sous contrat avec l'Etat ; et les établissements privés sans contrat avec l'Etat.

Les premiers, les plus nombreux, sont aussi les mieux protégés contre l'influence des sectes. L'attaque frontale est rare. Les scientologues et les raéliens (adeptes de Raël) ont bien tenté de convaincre l'administration de l'intérêt de leurs pédagogies, mais en vain. Les envois de brochures, comme la distribution de tracts à la sortie des lycées, ont diminué.

Depuis la disparition de l'Ecole de l'Eveil, tenue par les scientologues, il n'y a plus d'établissement ouvertement dirigé par une secte. Le danger pourrait venir du prosélytisme des professeurs : il est rare. Sur 800 000 enseignants en activité, 10 cas seulement de prosélytisme actif ont été signalés. Les fautifs ont été sanctionnés par des exclusions plus ou moins longues. Plusieurs dizaines de professeurs sont adeptes d'une secte. Faut-il les punir a priori ? Inspecteur général et responsable depuis 1996 de la cellule chargée de la prévention des phénomènes sectaires dans l'éducation, Daniel Groscolas a une position claire - mais contestée : « Nous défendons les valeurs républicaines, y compris la liberté de croyance. Nous ne sanctionnons que les fautes professionnelles. » Il a ainsi suscité l'ire des habitants de Chomérac, dont l'un des directeurs d'école était membre du Mandarom. Quatre inspections successives n'ont pas permis de prouver que cette appartenance ait influencé ses cours : le directeur est resté. Auteur d'un rapport parlementaire sur les sectes, André Vivien s'insurge, au nom du principe de précaution. Mais Daniel Groscolas a refusé la création d'un fichier.

Il arrive, rarement, que des élèves eux-mêmes fassent du prosélytisme - comme cela s'est récemment produit dans un grand lycée parisien avec une adepte de la secte japonaise Soka-Gakkai. « Si elle essaie de recruter des amies, nous ne pouvons rien faire, sinon l'inciter à se modérer », déplore un enseignant.

Les intervenants extérieurs sont plus difficiles à contrôler : spectacles, numéros de cirque, conférenciers. Il leur faut théoriquement un agrément de l'Education nationale : certains passent à travers. A la suite d'une conférence, des proviseurs de toute bonne foi ont invité des adeptes de la Kinésiologie à en parler. « On a pu se faire avoir ponctuellement, pas durablement », affirme Jean-Pierre Delaubier, inspecteur d'académie chargé du premier degré à Paris. Via la cellule de prévention, la vigilance a été étendue.

Elle devient beaucoup plus difficile à exercer lorsqu'il s'agit des établissements hors contrat et, a fortiori, de l'instruction à domicile. La loi Jules Ferry de 1882 instaurait l'instruction obligatoire (et non l'école, contrairement à ce qui est souvent dit) et une loi de 1886 autorisait le contrôle de l'hygiène et de la sécurité des établissements, mais pas celui de leur pédagogie. Il a fallu attendre plus de cent ans avec la loi du 18 décembre 1998, le décret d'application du 23 mars 1999 et la circulaire du ministre délégué à l'Enseignement scolaire qui a suivi pour supprimer cette contrainte. « Nous pouvons maintenant demander à contrôler la pédagogie. Pas nous mettre au fond de la classe, explique Groscolas, mais se faire apporter les cahiers. » Les inspections ont évolué : la courtoisie rituelle qui consistait à prévenir les établissements n'est plus toujours de mise. L'année dernière, 21 écoles ont été inspectées sur le rectorat de Paris. S'il y a des problèmes d'hygiène, la Ddass en est prévenue ; de sécurité, le procureur ; d'infiltrations sectaires, le maire ou la justice. « Ce qui ne suffit pas toujours, affirme une employée du rectorat. J'ai fait trois rapports en deux ans pour demander la fermeture d'un établissement porte de Champerret. Ni le maire ni le préfet n'ont réagi. » C'est pourtant ainsi que des centres scientologues (Ecole du Rythme, Ecole de l'Eveil) ont pu être démasqués. « Heureusement, il leur suffit d'être identifiés pour être obligés d'arrêter, explique Jean-Marie Abgrall, psychiatre et auteur de "la Mécanique des sectes" (Pocket). Ces associations sont très fragiles. » Plus de 6 000 enfants sont menacés par ce type d'infiltration. « Nous surveillons en particulier les ouvertures de ces écoles, affirme Didier Jouault, inspecteur d'académie chargé du deuxième degré à Paris. Mais toute une frange nous échappe : celle des écoles qui ouvrent en douce. Là, il faut attendre que le bouche-à-oreille nous informe. Un cas d'enfant non scolarisé nous est signalé à peu près une fois par trimestre. »

A Paris, il y a 109 écoles privées sous contrat et 21 écoles hors contrat dans le premier degré, 109 sous contrat et 21 hors contrat dans le second degré, qui vont de jardins d'enfants à des écoles bilingues en passant par des écoles à méthodes originales, comme les Montessori. Elles sont contrôlées régulièrement. Depuis le début de l'année, il y a eu cinq déclarations officielles d'enfants non scolarisés et quatre situations, a priori non sectaires, qui sont en voie de régularisation. « Il ne faut pas confondre les tentatives sectaires et les pures escroqueries, qui sont plus nombreuses », assure Jean-Pierre Delaubier. Le contrôle est moins facile avec les LEP (6 sous contrat, 19 hors contrat soit 1 500 élèves pour l'académie de Paris) car les enfants n'y sont pas contraints à l'obligation scolaire. Un inspecteur consacre tout son temps à ces établissements. « Une école de 50 élèves peut difficilement nous échapper, affirme Jean-Pierre Delaubier. En revanche, 6 ou 7 élèves dans un appartement... »

Les sectes l'ont compris : elles tournent leurs efforts vers le soutien scolaire et l'enseignement par correspondance, contrôlés par le Cned (Centre national de l'Enseignement à Distance). Ceux-ci sont régis par une loi de 1971, inadaptée au problème, et que la cellule de prévention souhaiterait faire réformer. L'un des cours de soutien du 7e arrondissement de Paris est ainsi fortement soupçonné d'être proche des scientologues. Les cours à domicile (il n'est que de voir les petites annonces des quotidiens) font également florès : ils ne dépendent pas du rectorat et n'ont pas de locaux. Les enseignants se rendent chez les parents : c'est pain bénit pour les sectes.

Dans ce jeu de chat et de la souris où l'ennemi à peine démasqué se réorganise ailleurs, le pari est d'abord de développer l'information des élèves. « Nous avons fait plusieurs stages qui commencent à porter leurs fruits », explique Daniel Groscolas. Dont à Lyon la création d'une association, Issue, qui lutte contre le prosélytisme à la fac. L'urgence, c'est de surveiller internet. « J'y passe de plus en plus de temps, avoue Groscolas : les sectes ont une grande faculté d'adaptation. A nous de les suivre. »


  France : Sectes

Malgré le durcissement de la législation

Le Nouvel Obs, n°1861, semaine du 6 juillet 2000, par Hubert prolongeau

[Texte intégral]

« Je ne sais même pas si j'ai d'autres petits-enfants. Dans leur groupe, il paraît qu'ils ne les déclarent pas tous. » Mme Vidal ne se bat plus. A 70 ans, cette grand-mère fragile, encore discrètement pomponnée, est résignée. Mais elle culpabilise : « Si j'avais fait plus attention à eux, sans doute aurais-je pu agir, mais maintenant, c'est trop tard. » Dans son salon, des photos des disparus sont disposées en autel. En 1992, sa fille et son gendre ont rejoint un groupe de la Nouvelle Acropole, un mouvement théosophique qui prépare l'instauration d'un régime « aristocratique et totalitaire ». Ils avaient à l'époque deux enfants, de 3 ans et 1 an. Elle ne sait pas ce qu'ils sont devenus. « Je crois qu'ils vont à l'école, mais je ne sais pas où. Je pense à eux plus encore qu'à ma fille, car elle est adulte. Eux, ils sont innocents. »

D'après un rapport des Renseignements généraux partiellement divulgué en juin 1999 et dont les résultats sont confirmés par les principales associations antisectes, Adfi ou le Centre Roger-Ikor, 40 000 enfants seraient plus ou moins directement sous l'emprise de sectes. Un chiffre qui recouvre aussi bien les égarements inquiétants du domaine parascolaire que la dissimulation d'enfants à l'état civil, la simple tentative d'endoctrinement que les pires sévices.

Les sectes adorent les enfants. Dès 1953, Lafayette Ron Hubbard, fondateur de l'Eglise de Scientologie, écrivait : « Sauvez l'enfant et vous sauverez la nation. » Chez Moon, l'enfant est le troisième Messie, après Moon et, dans chaque couple, son propre conjoint. Raël, de son vrai nom Claude Vorilhon, intermédiaire des extraterrestres, se propose de faire passer des tests dès la maternelle pour « extraire les génies en herbe ». Un texte des Témoins de Jéhovah précise : « Plus tôt la formation commence, plus grandes sont les chances que les enfants s'enracinent solidement dans la vérité et fassent du ministère leur vocation. Cette formation précoce aura aussi l'avantage de les protéger des façons de penser et d'agir du monde. »

Près de 500 enfants sont détenus en milieu fermé. Eux sont indéniablement en danger. Au commissariat de police de Dole (Jura), région dans laquelle se trouvent quelques groupes inquiétants, dont Shri Ram Chandra, on avoue son impuissance : « Il n'est pas possible de repérer les groupes avant un accident. » Comme celui qui vit mourir de malnutrition le petit Raphaël Ginoux en avril 1997 et a permis de mettre en avant les méthodes de la secte Tabitha's Place. Beaucoup de ces groupes ne déclarent pas forcément les enfants. En refusant de percevoir les prestations familiales, les parents échappent à tout contrôle. Ainsi la communauté iséroise la Thébaïde demande-t-elle à ses membres de « rejeter toute aide sociale qui, au prix de quelques os à ronger, maintient ou rétablit l'insertion dans la collectivité, provoque soumission et reconnaissance à son égard ». Les membres de la Fédération française pour la Conscience de Krishna, située elle aussi dans le Jura, n'inscrivent aucun nouveau-né à l'état civil. On pense que cinq enfants vivent dans cette communauté. Et on estime à dix le nombre d'enfants dans la communauté Mother Earthland, à Tachoires (Gers).

Parfois, la vie même de ces enfants est en danger : un nombre grandissant de petites associations prônent une vie bio qui peut entraîner des régimes alimentaires déficients. Beaucoup refusent les traitements médicaux : les Témoins de Jéhovah sont hostiles aux transfusions sanguines ; Ecoovie impose des régimes végétariens carencés ; Yvonne Trubert, fondatrice de IVI, dit guérir le sida avec ses propres moyens ; les Amis de Lune Soleil pratiquent l'urinothérapie. L'Alliance universelle le Christ de Montfavet, menée par la fille de feu le gourou Ernest-Georges Roux, réincarnation du Christ, abrite une vingtaine de personnes, dont trois mineurs, qui fréquentent normalement l'école mais ont intérêt à ne pas tomber malades : c'est le règne de l'imposition des mains, du recours aux médecines douces et à la guérison spirituelle. Les vaccins, bien sûr, sont refusés. Le gourou n'a-t-il pas dit : « L'homme est bien portant quand Dieu se manifeste, il reste malade quand Dieu est silencieux. »

Quand il n'est pas physique, le risque est psychologique. « L'immense danger est celui de la désocialisation, explique Hayat el-Mountacir, auteur de "l'Enfant et les sectes" (Fayard). L'enfant n'a pas accès aux crèches, écoles, activités culturelles, clubs de sport... Une frontière est créée entre l'intérieur de la secte et l'extérieur. Or, dans la secte, tout est obligatoire, alors que la société extérieure ne fixe que des interdits. Tout le reste y est permis, ce qui laisse un champ de liberté et pousse l'enfant au choix. » Parfois la secte crée son propre langage, ce qui limite l'influence de l'extérieur.
« L'esprit critique de l'enfant ne peut plus s'exercer, poursuit El-Mountacir, puisqu'il n'a accès qu'à une seule source d'information. Les enfants n'apprennent dans les sectes ni la tolérance ni le pluralisme des sociétés démocratiques. »

L'identité familiale est, elle aussi, attaquée. Dans certains groupes, les droits des parents sur les enfants sont niés. La Famille, nouvelle incarnation des Enfants de Dieu, forme des groupes de 3 à 20 enfants, sans lien direct avec les adultes qui en ont la charge. La Citadelle fait vivre parents et enfants en vase clos. Chez Ecoovie, chaque enfant a sept pères et sept mères. Cela se complique encore quand l'enfant, dès son plus jeune âge, est envoyé à l'étranger, comme ceux dont les parents appartiennent au Shaja Yoga.

L'école des dévots de Krishna assomme les enfants avec des horaires déments. « Nous étions réveillés à 4 h 30 pour une cérémonie qui durait quatre heures. J'ai appris à lire dans la Bhagavad-Gita et des textes védiques, se souvient Antoine P., aujourd'hui âgé de 22 ans : il m'a été très difficile de me réhabituer à une autre vision du monde. Spontanément, ce sont les concepts de Krishna qui me viennent à l'esprit. » La déscolarisation peut s'accompagner de châtiments. La Citadelle se donnait pour mission de « briser les enfants naturellement portés vers le mal » et le faisait à coups de ceinturon. Tabitha's Place mettait en pratique un passage de la Bible disant : « La folie est liée au coeur des enfants, le bâton qui les châtie les en éloignera. »

Ailleurs, c'est la pédophilie qui est érigée en règle. Les raéliens l'ont même théorisée : « Le plaisir ne doit pas être réservé qu'aux adultes [...]. Dès la naissance, les organes sexuels sont prêts à fonctionner [...]. Et un enfant qui apprend tôt à jouir de son corps, de celui des autres, de ses sens développe d'autant plus tôt son intelligence. » En conséquence de quoi une lectrice de la revue du groupe Francine, de Lausanne écrit : « Il faudrait passer par-dessus cette crainte de voir l'enfant prendre des comportements choquants pour son entourage social, qui jugerait les parents de pervers et de débauchés sexuels » (sic). Cette adepte décrit un « souvenir bien enfoui » qui a resurgi «à mon réveil cosmique avec les messages de Raël » : enfant, la petite Francine avait peur du tonnerre. Un soir d'orage, alors qu'elle avait 3 ou 4 ans, son grand-père se glisse auprès d'elle. Il « me montra mon index, le tendit, replia mes autres doigts et le dirigea vers mon sexe en m'expliquant que je pouvais me faire du bien en me caressant juste ici lorsque j'étais seule dans la nuit ». Francine garde de ses grands-parents un « héritage sensuel indestructible ». En 1997, deux raéliens ont été condamnés pour agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans, dans le Vaucluse, et un adepte a été mis en examen pour viol sur mineur de moins de 15 ans, à Brives. 300 enfants sont proches des raéliens. On pense aussi au flirty fishing (prostitution sacrée) des Enfants de Dieu. Le leader de l'association Cor Unum, en Moselle, a été arrêté en Belgique pour mauvais traitements à enfants. Les familles du groupe Kyopo, en Ariège, vouent à Eros un culte prononcé. Le gourou de l'association Nao à Magnat-l'Etrange (dans la Creuse) a été écroué pour viol sur mineure.

Les sectes qui se parent du terme d'Eglise (Scientologie, Témoins de Jéhovah) ne peuvent avoir des comportements aussi caricaturaux. Elles sont intégrées à la vie quotidienne et les enfants du groupe ne sont pas coupés du monde extérieur. Le risque n'est plus alors la déscolarisation, mais la perversion de ce qui est appris à l'école. Les connaissances sont triées, et les valeurs laïques, républicaines et démocratiques sont contrebalancées. « Les enfants qui sont en contact avec les Témoins de Jéhovah sont privés de leur enfance, accuse Hayat el-Mountacir. Ils sont victimes de maltraitance psychologique, ne peuvent pas faire valablement l'apprentissage de la citoyenneté. »

Certains mouvements, comme l'Eglise de Scientologie, qui a l'ambition d'élaborer une vraie méthode pédagogique, ont carrément ouvert des écoles : ce fut le cas de l'Ecole de l'Eveil, dont la publicité mettait en avant un faux numéro d'agrément de l'Education nationale et qui fut fermée en 1994. Un autre centre, l'institut Aubert, lui a succédé avant d'être fermé à son tour. L'Education nationale est régulièrement sollicitée par la « méthode pédagogique universelle » conçue par Ron Hubbard. Alors que nous nous étions introduit incognito chez les scientologues, en 1997, nous avons vu un triomphal tableau où les progrès de la diffusion de cette méthode étaient inscrits sur une carte de France. Paul Guth, académicien vieillissant, avait écrit aux scientologues pour les féliciter de leur méthode. Cette lettre avait été fêtée lors d'une remise de diplômes. 6 000 enfants seraient touchés par cet enseignement. A noter que les hauts dignitaires, eux, n'ont pas le droit d'avoir d'enfants, parce que ceux-ci les distrairaient de leur dévouement à la cause scientologique...

Ces sectes installées ont été obligées de multiplier les associations paravents, se servant à la fois du parascolaire et des centres de formation. Des garderies, des crèches, des centres d'enfants ou des cours du soir proposent des enseignements parfois très prosélytes mais rarement présentés comme tels. 80% de ces sociétés écrans seraient liées à la Scientologie (Ecole du Rythme, Ateliers de la Tourelle, Cercle de Voile de Cazaux-Lac), qui propose toujours des cours de rattrapage, sous le label Able. Les Témoins de Jéhovah font de la garde d'enfants à domicile. Ils avaient infiltré le réseau des assistantes maternelles : la Ddass a fait le ménage.

Les services du rectorat de Paris comme ceux du ministère de l'Intérieur sont convaincus qu'il existe encore quelques-uns de ces groupes paravents impossibles à désigner faute de preuves. Pour lancer une enquête, il faut une dénonciation, confirmée par d'autres témoignages. Les groupes concernés sont souvent petits, pas toujours déclarés, regroupent quelques enfants dans un appartement... « Cela finit toujours par sortir. Il faut éviter la précipitation », précise Daniel Groscolas, inspecteur général de l'Education nationale. Dès que la secte est identifiée, le paravent s'écroule. Dans le 17e arrondissement de Paris, l'association Attention Enfants vient de se créer pour démasquer « les garderies, les centres de formation qui peuvent cacher des activités sectaires », explique son président, Xavier Laugaudin. La présence des scientologues, rue Legendre, angoisse les habitants du quartier, qui reçoivent des tests de personnalité dans leurs boîtes aux lettres et déplorent la présence du bus de la Dianétique devant le lycée Chaptal...

Pour les contrer, conférences et distributions de tracts sont au programme. « Il y a une remontée d'information par les commerçants, les parents d'élèves, qu'il faut centraliser et rendre publique », dit Xavier Laugaudin. La réponse ne s'est pas fait attendre : le 20 mai, les responsables de la communication de l'Eglise de Scientologie venaient à la permanence de l'association, « pour parler ».

« Avertir sans être suspicieux », affiche l'association Attention Enfants. Toute la difficulté est justement dans la capacité à détecter les réseaux. Et à différencier le faux du vrai. Une rumeur persistante avait couru il y a deux ans accusant les magasins Nature et Découvertes d'être une branche de la Scientologie. De même pour l'agence immobilière Century 21. Rien ne l'a confirmée : l'hypothèse d'une déstabilisation organisée par des concurrents n'est pas à exclure. Il faut évidemment se méfier des amalgames : tout professeur de yoga n'est pas un gourou, tout sophrologue ne cache pas une secte. C'est le problème de la chasse aux sectes, celui dont n'ont pas tenu compte les députés avec leur concept flou de délit de « manipulation mentale ».

Les associations antisectes (Adfi ou CCMM) ont-elles raison de s'inquiéter du rôle des écoles Steiner et de l'anthroposophie ? Cela fait trente ans que ces écoles ouvrent avec la bénédiction de l'Education nationale. Favorisant l'expression artistique, elles viennent d'obtenir la condamnation en diffamation en première instance du député Jacques Guyard, qui les avait qualifiées de secte sur France 2 le 17 juin 1999. Que faut-il penser d'une école comme Enixia, pour surdoués, mise en liquidation judiciaire en novembre 1999 et remplacée le 3 janvier 2000 par l'école Europea : Enixia avait été fondée par d'anciens raéliens, qui affirment avoir coupé les ponts avec la secte. Rien de significatif n'apparaît dans les programmes. Pourtant, l'un des buts avoués de la secte de Claude Vorilhon est de créer une société où les surdoués gouverneraient le monde, en liaison avec les extraterrestres. La direction d'Europea est assurée par une ancienne enseignante d'Enixia. La réponse à cette situation comme à d'autres est plus philosophique que concrète. Le débat est vif entre les tenants du principe de précaution, qui veut qu'on interdise tout mouvement ou toute personne suspects de sectarisme et ceux qui mettent au-dessus de tout le respect de la liberté de penser.

Les pièges tendus aux parents par les associations paravents sont souvent grossiers. « Ils n'ont aucun besoin d'être subtils, explique Jean-Marie Abgrall, psychiatre et grand pourfendeur de sectes [auteur de "la Mécanique des sectes", Pocket]. Le prosélytisme ne s'adresse qu'à des gens qui ont une faille. Les gourous ne sont pas assez sots pour embrigader des enfants contre le gré de leurs parents. C'est la porte ouverte au piège juridique, car ce qui est contravention pour un adulte devient crime pour un enfant. »

Le piège le plus fréquent est l'alibi humanitaire, dont beaucoup de sectes se prévalent. Elles s'abritent derrière des associations comme l'Unicef ou la Croix-Rouge. Ainsi les raéliens ont lancé en février 1998 une grande collecte en faveur des enfants irakiens. La Famille organise des envois de vêtements aux enfants des pays de l'Est et en Russie centrale. La Fédération des Femmes pour la Paix mondiale, liée à Moon, oeuvre en faveur de l'enfance maltraitée, et la Scientologie a beaucoup approché les jeunes par le biais de son association Non à la Drogue, Oui à la Vie, dans laquelle s'est impliqué l'acteur Xavier Deluc, et qui délivrait aux enfants un « diplôme d'ambassadeur pour une France sans drogue ». Ker Jeanne, satellite d'IVI, apporte de la musique à l'hôpital, dans les unités de soins pour enfants. La valeur des causes, comme souvent la sincérité de ceux qui s'en occupent, n'est pas forcément sujette à caution. Mais cet humanitarisme est prétexte à un prosélytisme d'autant plus redoutable que les gens qui s'y livrent n'ont que rarement le sentiment de tromper leur clientèle.

Pas de panique, cependant. « L'emprise des sectes sur les enfants existe mais elle n'est pas exagérément alarmante », nuance Jean-Marie Abgrall. Pour ce spécialiste combatif, « ceux qui ne sont pas enfermés peuvent confronter la vision de leur secte à celle qu'ils reçoivent de l'extérieur. A partir de 14 ans, ils peuvent claquer la porte ». Beaucoup le font d'ailleurs. Mais certains, déjà trop fragilisés, auront leur vie saccagée.


  France : Sectes

Dossier Manipulation mentale : les dangers de l'amalgame

Le Nouvel Obs, n°1861, semaine du 6 juillet 2000, par Hubert prolongeau

[Texte intégral]

Pour se donner des armes contre les sectes, les députés ont adopté, le jeudi 22 juin, une proposition de loi établissant un délit de
" manipulation mentale ".
Certaines réactions étaient prévisibles : le lobby sectaire a hurlé au " nazisme ".

Les scientologues ont entendu sonner " le glas de la démocratie ".

De leur côté, les mouvements antisectes (l'Unadfi en particulier) ont salué une " mesure nécessaire ".

D'autres réactions ont surpris : les Eglises officielles ont fait part de leur " inquiétude ". L'hebdomadaire protestant " Réforme " a mis en garde contre les
" égarements " d'une " fixation émotionnelle ", et le père Jean Vernette, délégué de l'épiscopat pour la question des sectes, a estimé que le nouveau délit, dont le concept reste flou, peut mener " à la législation d'exception ".

Les responsables français de la Ligue des Droits de l'Homme ont fait état de leur " vigilance ", tandis que la garde des Sceaux demandait une " réflexion supplémentaire ". Pour tous, le délit de " manipulation mentale " peut conduire à n'importe quoi. De fait, l'amalgame apparaît bien comme un des dangers de la lutte antisectes.


  France : Témoins de Jéhovah

" Je ne pouvais adorer que Jéhovah "

Le Nouvel Obs, n°1861, semaine du 6 juillet 2000, par Hubert prolongeau

[Texte intégral]

Dossier DES ENFANTS SOUS HAUTE SURVEILLANCE Les Témoins de Jéhovah tiendraient sous leur coupe 40 000 enfants. Une ancienne adepte a accepté de témoigner. Elle garde le sentiment d'une enfance volée

Le Nouvel Observateur. - Comment avez-vous connu les Témoins de Jéhovah ?

- Je suis née dedans. Mes parents en étaient membres. Bébé, j'ai été changée et nourrie en " salle du royaume ". Plus grande, j'y allais, comme tout le monde, cinq heures par semaine. Vers 8 ans, je suis allé prêcher avec mon père, de porte en porte. J'en garde un sentiment détestable : j'avais honte. Naître dans le groupe est particulièrement difficile : il m'a fallu apprendre à vivre, en en sortant.

N. O. - Votre scolarité a-t-elle été normale ?

- D'un strict point de vue scolaire, oui : j'ai appris la même chose que les autres. Mais derrière on rectifiait les fausses idées que je pouvais ramener.

N. O. - Par exemple ?

- Tout ce qui touchait à la Création. On me disait de ne pas croire ce que j'entendais, que la vérité était dans la Bible. Du coup, je n'osais pas m'exprimer par moi-même, je ne faisais que citer la Bible.

N. O. - Vous aviez des amis ?

- Aucun en dehors du groupe. A l'école, pour les autres, je n'existais que par cette appartenance. J'étais la Témoin de Jéhovah. J'en avais le look : cheveux courts, allure coincée, pas de pantalons. Je ne recevais jamais d'autres enfants de l'école chez moi. Mes parents l'auraient accepté, mais je ne voulais pas, par honte d'être différente. J'ai toujours eu le sentiment de mon anormalité. Cette solitude n'inquiétait pas mes parents : le sentiment de persécution est une valeur positive chez les Témoins.

N. O. - Qu'est-ce qui vous été le plus pénible ?

- L'interdiction de célébrer les fêtes : Noël, les anniversaires. Nous n'avions pas le droit de chanter avec les autres, de dire " Joyeux Noël ! " ou " Bonne Année ! ". Chaque fois que l'on décorait un sapin, qu'on fêtait un anniversaire, je devais expliquer à la maîtresse que je ne pouvais pas participer. J'ai fabriqué des cadeaux pour la fête des pères, mais je ne les ai jamais donnés. Aujourd'hui encore la période des fêtes m'est pénible. Dès novembre, je ne vais plus dans les grands magasins. J'y suis trop mal à l'aise.

N. O. - Vous aviez d'autres interdits ?

- M'intéresser à la politique, faire du sport en compétition, dire " j'adore " car on n'adore que Jéhovah. Ce que je regardais à la télé était très surveillé. Je n'avais pas le droit de sortir, d'aller dans des boums. Les discothèques et les endroits où l'on s'amusait étaient maudits. J'ai commencé à me révolter vers 12 ans. A 15 ans, quand arrive l'intérêt pour les garçons, j'ai par réaction eu tendance à brûler les étapes, alors que je n'étais pas prête pour cela. Mais j'avais une telle impatience de vivre...

N. O. - Vos études s'en sont ressenties ?

- Il n'était pas envisageable de faire des études supérieures. Les Témoins de Jéhovah attendent Armageddon, la fin du monde. Puisqu'elle va arriver et départager les bons des méchants, rien ne vaut la peine d'être fait sur terre. Tout projet de carrière ou d'épanouissement personnel est sans intérêt. Cela va de l'appareil dentaire à l'ambition universitaire.

N. O. - Comment vous en êtes-vous sortie ? - Vers 12 ans, je me suis rebellée. J'ai refusé d'aller en réunion. Je suis passée en procès, sans dire un mot. J'ai été exclue. Mes parents ont été déchirés, puis sont partis avec moi. Mais ils n'étaient pas préparés au monde extérieur. Aujourd'hui, c'est moi leur lumière, leur guide. C'est lourd à porter.

N. O. - Quel souvenir gardez-vous de cette enfance ?

- Je suis consciente de m'en être bien sortie. Mais je suis rarement en phase avec le monde : on me croit souvent sauvage, asociale, trop sérieuse. Je n'ai jamais eu la légèreté de l'enfance.


  France : Sri Ram Chandra

Ces pères divorcés, impuissants devant les sectes...

Le Nouvel Obs, n°1861, semaine du 6 juillet 2000, par Hubert prolongeau

[Texte intégral]

DEUX EXEMPLES AUTOUR DU GROUPE SHRI RAM CHANDRA

Les parents sont divorcés et la mère, membre d'une secte, a la garde des enfants. Face à ce cas de figure assez fréquent, la justice hésite entre la nécessité de protéger l'enfant et celle de sauvegarder la liberté de croyance

"Au début, cela ne m'a pas inquiété. Ils venaient méditer à la maison en groupe. Les enfants n'étaient pas touchés. J'ai même essayé, mais ce n'était pas mon truc. Je les traitais avec une certaine ironie. " Michel Gilbert partage alors depuis dix ans l'existence de Françoise, dentiste, avec qui il a eu deux enfants, de 5 ans et 2 ans et demi.

Le couple connaît des difficultés financières : il n'a plus de travail et décide de devenir père au foyer. De plus en plus, sa compagne se livre à la méditation et fréquente un groupe appelé Shri Ram Chandra Mission, dont le siège est à Madras, en Inde.

Ses membres s'adonnent à la méditation sahaj marg, inspiré du rajah yoga, suivant l'enseignement d'un maître nommé Shri Ram Chadraji Maharaj, dit Babuji.

Ce dernier demande une dévotion absolue à ses adeptes et veut « éduquer les masses et propager parmi elles l'art et la science du yoga ». Pendant sept mois, Michel voit grandir cette influence. En décembre 1998, le rapport Vivien classe Shri Ram Chandra parmi les sectes. 2 000 personnes en seraient membres. Le père s'inquiète. En janvier 1999, le groupe lui fait sentir qu'il est indésirable. Fin février, Françoise parle de séparation, fait chambre à part. Il se rend compte qu'elle prépare un voyage en Inde pour l'anniversaire du maître, puis qu'elle a une liaison avec un autre adepte. Le 29 juin, Michel est hospitalisé pour un ulcère. Elle emmène les enfants en Espagne. Le 15 août, Michel Gilbert attaque la secte pour enlèvement d'enfants. Le 21 décembre, une ordonnance confie pourtant la garde exclusive des enfants à la mère. Depuis, il a pu obtenir de les voir dans un point-rencontre. Il n'a aucune information sur leur adresse, leur école. « Quand je les vois, mon fils est comme éteint. J'ai essayé d'entrer en contact avec la secte en Inde : je n'ai eu aucun écho. »

L'histoire de Bernard P. est presque identique. Après son divorce, il note chez ses deux garçons de 8 et 9 ans un comportement étrange, une volonté de dissimulation qu'ils n'avaient pas avant. Ils lui avouent alors que leur mère fréquente Shri Ram Chandra, racontent qu'un portrait du gourou trône à la maison. Le père se renseigne, inquiet. Les enfants lui annoncent plus tard qu'ils doivent participer à un séminaire du groupe au château d'Augerans, près de Dole, en août 1999. Bernard P. saisit alors le juge aux affaires familiales pour obtenir la garde de ses enfants ou, du moins, interdire à la mère qu'ils soient emmenés dans la secte. Le juge accordera l'interdiction de sortie du territoire, mais estimera qu'il n'y a pas urgence à modifier le droit de garde.

« L'arsenal juridique est suffisant, affirme Philippe Lefant, avocat au barreau de Chambéry, spécialisé dans ce type d'affaires, si l'enfant est en danger, c'est-à-dire en contact permanent avec la secte. Il est possible de demander la déchéance d'autorité parentale du conjoint fautif devant le tribunal de grande instance. Sinon, on peut demander que l'enfant dont l'adepte a la garde ne soit pas mêlé à ses affaires religieuses. On peut aussi obtenir la saisine du juge aux affaires familiales pour réorienter son éducation. Mais c'est une décision peu satisfaisante car extrêmement difficile à contrôler : on ne peut guère le faire que par huissier, et cela n'a de valeur que si la personne visée n'est pas prévenue. Sinon, il est facile de tout dissimuler. Presque systématiquement, je demande l'interdiction de sortie du territoire pour les enfants quand la secte a un siège social à l'étranger. Et je l'obtiens régulièrement. »

Le problème réside plus dans l'attitude des juges. « Les actions de ce type se heurtent au principe fondamental de la liberté de croyance, poursuit Philippe Lefant. Il me faut souvent faire preuve d'une modération que mes clients ne comprennent pas, pour ne mettre en avant que le bien de l'enfant et non l'aspect idéologique du problème. » « La justice ne peut intervenir que si la santé, la sécurité, la moralité ou les conditions d'éducation de l'enfant sont compromises », rappelle le président du tribunal pour enfants de Versailles.

Ce qui laisse place à bien des incohérences. Ainsi, en 1993, un père divorcé avait obtenu le retrait de la garde de ses enfants à la mère parce qu'elle fréquentait les Témoins de Jéhovah. « La pratique d'une secte particulièrement prégnante ne peut qu'avoir un retentissement sur le comportement d'enfants jeunes et contrarier leur libre arbitre », avait estimé le tribunal. En revanche, la même année, Aimé Lafarge, dans la même situation, était débouté par le tribunal de Narbonne au motif que cela « reviendrait à permettre que des particuliers agissant isolément qualifient de secte tout groupe minoritaire au sein d'une religion ou d'une philosophie. Cela conduirait au totalitarisme en menaçant la liberté de conscience d'une minorité ».


  France :Intégrisme

Abbé Cottard : pourvoi en Cassation

Le Parisien, 12 juillet 2000

[Texte intégral]

L'Abbé Cottard, condamné en décembre 1999 à 18 mois de prison ferme, jugement confirmé en appel le 6 juillet dernier à Rennes a décidé d'épuiser tous les moyens et s'est pourvu en cassation. L'ecclésistique reste libre dans l'attente d'un nouvel examen de son cas par la justice, près de deux ans après le naufrage qui avait causé la mort de quatre scouts et d'un plaisancier qui leur avait porté secours.


  France :Scientologie

La Scientologie demande le dialogue à la MILS

Communiqué de presse, 12 juillet 2000 

Suite au rejet par le gouvernement suisse de toute « politique spécifique en matière de "sectes" », la Scientologie invite la MILS à s'ouvrir au pluralisme
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Danièle Gounord, porte-parole de l'Association spirituelle de l'Eglise de Scientologie d'Ile De France et Martin Weightman, directeur du Bureau européen des Droits de l'homme de l'Eglise de Scientologie ont aujourd'hui adressé une Lettre ouverte à Alain Vivien, réclamant une audience en vue d'instaurer un dialogue franc et ouvert sur la question des minorités spirituelles en France.

La décision du Conseil fédéral Suisse, publiée le 28 juin dernier fait apparaître que les lois internationales sur la liberté de religion seront respectées en Suisse. Cette décision, en alignement avec la tendance européenne, isole la France dans sa politique sur ce délicat sujet. Dans ce rapport, il est spécifié que nul n'est besoin de créer une législation spéciale, ni d'établir un quelconque organisme d'information, mais de compter plutôt sur l'étude et la recherche universitaire interdisciplinaire.

Après avoir pris connaissance de ce rapport, l'Eglise de Scientologie réitère sa demande pour l'instauration d'une politique de dialogue visant à une meilleure compréhension desdites minorités de la part des autorités françaises.

Martin Weightman qui travaille depuis des années sur les questions de liberté religieuse en Europe déclare :"je dois dire que je me sens légèrement frustré par l'attitude négative prise par quelques politiciens et fonctionnaires du gouvernement français vis à vis de la tolérance religieuse. Certains d'entre eux sont tout simplement aveugles en ce qui concerne les lois internationales de Droits de l'Homme. J'ai ouvertement critiqué son approche discriminatoire contre les minorités religieuses, à l'OSCE et au Conseil de l' Europe, cependant, je suis persuadé que les choses peuvent changer et j'espère que M. Vivien saura changer son point de vue à la lecture du récent rapport du gouvernement suisse. Il est incompréhensible qu'en Suède l'Eglise de Scientologie soit enregistrée comme une religion et que ses ministres puissent exécuter officiellement des mariages, que la Hollande, le Danemark, le Royaume-Uni et la plupart des autres pays européens de l'Union n'ont aucun problème avec la cientologie ou d'autres minorités spirituelles, que la Suisse soit parvenue aux conclusions que l'on sait et que, malgré cela, la France continue à se singulariser et continue, en tant que membre de l'Union, à faire cavalier seul."

Danièle Gounord s'est déclaré également très satisfaite du rapport suisse : "Nous assistons à un net progrès et j'espère que ce rapport influencera favorablement les sénateurs lorsqu'ils auront à se prononcer sur le projet de loi Picard qui leur sera présenté en deuxième lecture à l'automne." C'est demain 13 juillet à Washington DC que l'"Institute of Public Policy tiendra son congrès. Le Président de l'église de Scientologie, M. Heber Jentzsch, témoignera à ce congrès des discriminations dont sont victimes les membres de son Eglise.

Témoigneront également des représentants d'organismes internationaux de Droits de l'Homme, du gouvernement et de mouvements religieux Le président Jentzsch a annoncé qu'il donnerait des exemples précis de personnes qui ont été discriminées en raison de leur religion. "il y a une grande richesse dans la diversité religieuse" a-t-il dit. Les actions de M. Vivien isolent la France et la placent en paria des grandes démocraties en matière de Droits de l'Homme. Et pourtant, un dialogue ouvert et honnête résoudrait la plupart des problèmes."

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Copie de la lettre de la Scientologie

Church of Scientology
European Human Rights &Public Affairs Office

Bruxelles, le 12 Juillet 2000
Monsieur Alain VIVIEN
Président de la MILS
66, rue Bellechasse
75007 Paris

Monsieur le Président,

Au cours de l'année dernière, je vous ai adressé plusieurs demandes de rendez-vous afin d'engager un dialogue. Mon objectif, ce faisant, était de résoudre tout conflit entre la MILS et l'Eglise de Scientologie et de clarifier la perception complètement erronée que la MILS a de la nature et des activités de notre Eglise.

Lors d'une réunion de l'OSCE en avril 1999, j'ai personnellement demandé à Monsieur Barthélemy qu'un dialogue soit entamé. Le contexte était particulièrement propice puisque le thème principal de la conférence visait la résolution des conflits, le dialogue, la tolérance et la compréhension des religions minoritaires. Monsieur Barthélemy m'a alors indiqué qu'il ne pouvait agir sans votre approbation. Restant sans nouvelles, je vous avais alors écrit et , une fois de plus, je n'ai reçu aucune éponse.

En septembre 1999, j'ai parlé aux représentants du gouvernement français lors d'une autre conférence de l'OSCE et ils m'ont vivement conseillé de solliciter - une fois de plus - d'engager le dialogue avec votre bureau. Je leur ai demandé de transmettre mes préoccupations au gouvernement français à propos de la détérioration du climat d'intolérance religieuse en France qui ne cesse de croître. Une fois encore, cette tentative est restée lettre morte.

Le premier rapport annuel de la MILS date d'avril 2000 et renforce l'idée qu '